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Voir en ligne : Walmart America
Je ne peux que vous recommander l’article de Tim Harford reprenant les travaux de Karen Croxson sur le rôle promotionnel de la piraterie. L’intuition est assez simple. Les firmes développant des logiciels ou produisant de la musique n’ont pas toujours intérêt à ce que la propriété soit pleinement respectée. Au contraire, les pirates permettent dans certaines conditions de promouvoir le produit. Par exemple, le fait que les particuliers aient accès facilement à des copies pirates du logiciel Word, permet à Microsoft de vendre ce produit plus cher aux entreprises, qui elles ne sont pas prêtes à prendre le risque de pirater le logiciel.
L’article de Karen Croxson est disponible ici.
Voir en ligne : Steal this book please
Voir en ligne : Did Eliot Spitzer get caught because he didn’t spent enough on prostitutes ?
Voir en ligne : Winning American Idol
Voir en ligne : L’hystérie du déficit commercial français
On ne sait pas trop pourquoi mais la réforme du marché des taxis est une des grandes marottes des économistes. Il faudrait étudier un jour en détail le nombre de fois que cette réforme a été recommandée. Ce qui est intéressant, c’est que cet exemple permet de réfléchir aux conditions dans lesquels cette réforme peut être considérée comme juste. Les taxis actuels ont investi dans des licences très honéreuses dont ils espèrent tirer une rente. Il serait injuste de supprimer la rente sans compenser l’investissement initial. Wyplosz et Delpla avaient recommandé de racheter les licences des taxis. Alain Trannoy propose cette semaine dans le Monde de créer progressivement de nouvelles licences, proportionnellement à la hausse de la demande de taxis et de donner ces licences aux actuels propriétaires de taxis.
Quelques notes de lecture sur le dernier livre de LJ Calvet et J Veronis
publié par PAC, le mercredi 18 juin 2008
Parmi les dizaines de livres sortis au cours de ces derniers mois sur Nicolas Sarkozy, j’étais surtout curieux de découvrir le petit ouvrage de Louis-Jean Calvet et Jean Véronis. Lecteur de longue date du blog de Technologie du Langage, je dois avouer que je suis souvent un peu jaloux des outils développés par Jean Véronis. Je pense que je ne surprendrai aucun lecteur du blog en disant que c’est en excellent livre.
Les auteurs développent de nombreux indicateurs permettant de comparer de manière pertinente et systématique les discours des quatre principaux candidats et l’évolution de ces discours au cours du temps. Les indicateurs étudiés sont relativement simples mais ils révèlent beaucoup de choses sur les candidats. Les auteurs comptent ainsi le nombre de discours, la longueur moyenne des phrases, la diversité du vocabulaire employé, la proximité entre certains mots et enfin la fréquence de certains mots-clefs ou de certaines expressions (immigration, capitalisme, délinquance, la France qui se lève tôt…). Cette analyse quantitative des discours permet vraiment de dépasser les perceptions subjectives (et souvent biaisées) que l’on peut avoir des candidats. Bien sûr, cela n’empêche de laisser une place à la subjectivité dans l’interprétation mais cela permet au moins d’être d’accord sur la perception de la réalité.
J’ai vraiment apprécié la clarté et la simplicité de l’écriture. C’est à la fois un livre grand public, très facile à lire, et en même temps un livre qui apporte vraiment une expertise technique. A la différence du blog, fait de petites analyses ponctuelles, on trouve ici une analyse plus structurée et plus systématique et il y a donc une réelle plus-value.
Les analyses du style mettent vraiment en avant l’importance d’Henri Guaino avec ses phrases relativement courtes, ses anaphores, sa faible diversité linguistique, etc. On voit un vrai contraste entre le style Guaino d’un côté et les autres candidats mais également les autres plumes de Sarkozy de l’autre côté. A la différence des autres, Guaino n’a pas peur de se répéter et de marteler son message.
Les analyses de fréquences de certaines expressions révèlent des éléments intéressants. Ainsi Royal n’a pratiquement pas parlé d’immigration au cours de la campagne présidentielle. On voit aussi que Sarkozy n’a pratiquement pas parlé des chômeurs mais a beaucoup parlé des assistés et de l’assistanat. Enfin, on voit qu’il associe le mot travail au verbe vouloir alors que Royal a plus tendance à l’associer au verbe pouvoir. Ces comptages confirment l’idée que Sarkozy a vraiment tenu un discours moralisant sur le travail, faisant comme s’il s’agissait d’un problème de volonté individuel.
Dans la dernière partie, le livre décrit la manière dont Guaino et Sarkozy ont vampirisé le discours de leurs adversaires en reprenant tour à tour le vocabulaire et les thèmes de Royal, Le Pen et Bayrou. Cette stratégie consistant à brouiller les pistes avait été analysé par Alain Trannoy (voir ici et ici)
Quelques remarques cependant.
Quelque part, l’exercice relève de ce que les historiens appellent l’histoire whig : on arrive après la bataille, on regarde qui a gagné, on analyse sa stratégie et on dit (ou laisse entendre) que c’est parce qu’il avait la meilleure stratégie qu’il a gagné. Il faut se méfier un peu de ce type d’analyse.
On a le portrait d’un Nicolas Sarkozy en fin stratège et ses concurrents apparaissent en négatif comme beaucoup plus naïfs, comme ayant beaucoup moins de prise sur la réalité. Cela n’est pas développé explicitement dans le livre mais cela apparaît en filigrane.
Je pense notamment au moment où les auteurs expliquent que Sarkozy, après avoir donné un coup de barre à gauche pour affaiblir Royal, aurait décidé de donner un coup de barre au centre pour attaquer l’électorat Bayrou. On se demande pourquoi les autres candidats comme Bayrou ou Royal n’ont pas eu de stratégie de brouillage des pistes similaires à celle de Nicolas Sarkozy.
Si la stratégie de Sarkozy apparaît effectivement différente de celle des autres candidats, cela n’explique pas vraiment pourquoi il a gagné. On peut penser que le jeu entre les candidats n’est pas symétrique et qu’ils n’ont pas tous les mêmes stratégies optimales. On peut poser la même question pour le style de Royal et Bayrou. Peut-être que leur électorat préfère les phrases un peu plus longue que l’électorat de Sarkozy. Si Royal s’était adjugé les services de Guaino ou d’un Guaino de gauche, il n’est pas sûr qu’elle aurait obtenu un meilleur résultat.
Bien sûr, il est tout à fait possible que Nicolas Sarkozy ait tout simplement eu un coup d’avance en terme de communication, mais ce n’est sans doute pas l’explication la plus satisfaisante. L’analyse du discours donne surtout envie d’aller un peu plus loin et d’étudier les effets du style Guaino ou du brouillage des pistes sur les électorats de chacun des candidats.