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Mariage annulé : A chacun ses préférences.

publié par Lionel, PAC, le jeudi 12 juin 2008


Les nouveaux époux s’étaient rencontrés au bal de l’X et la mariée était persuadée d’avoir épousé un beau polytechnicien. Elle découvrit pendant la nuit de noce que son époux n’était pas dans l’annuaire des anciens de la prestigieuse école. Elle pensait avoir épousé un bel étalon, capable de lui fournir une progéniture talentueuse et apte à réussir dans la monde du XXI° siècle et elle se retrouve avec un pauvre menteur. Qui plus est, elle ne sait rien désormais de la qualité des gènes de son époux et ne sait pas si il sera capable de lui fournir une progéniture de qualité. Elle demande donc l’annulation du mariage. Le 2 juin 2008, le TGI de Paris a annulé le mariage.

On imagine que l’information aurait éventuellement été reprise dans la rubrique « faits divers » de certains journaux. Elle aurait suscité chez les lecteurs un sourire amusé, sans plus. Pourtant une histoire à bien des égards similaire est devenue en quelque jours une affaire nationale. Les faits sont simples : Le 1 avril 2008, le tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage parce que la mariée avait menti sur sa virginité. Depuis que l’affaire a été révélée au grand public, on trouve quotidiennement dans nos journaux de un nombre incalculable de nouveaux articles pour dénoncer le « jugement de Lille ». A l’exception de la position ambigüe de Rachida Dati dans cette affaire, l’ensemble des interventions allaient toutes dans le même sens, avec plus ou moins de nuance ou d’emphase selon le style des intervenants.

L’aspect juridique de l’affaire a été analysé avec talent et clairvoyance par Eolas (ici et ici ) et JP Rosenczveig (ici et ici).

Mais ce qui nous semble important dans cette affaire, ce n’est pas tant le fait divers que l’hystérie des réactions qui s’en est suivi. On peut remarquer trois choses :

1 : D’une part le nombre de réactions nous semble complètement démesuré par rapport à l’importance de l’affaire.

2 : Toutes les réactions, à l’exception notable de Rachida Dati (Libération), vont dans le même sens.

3 : De très nombreuses réactions paraissent véritablement excessives et/ou abusives. Nous avons notamment relevé un petit florilège de déclarations :

Elisabeth Badinter parle de « honte pour la justice française » . Ni Putes ni soumises, prétend que le mariage a été annulé parce que la fille n’était pas vierge, alors qu’il a été annulé parce qu’il y a eu mensonge sur la virginité. Dans le même article, la présidente de l’association parle d’une « fatwa contre la liberté des femmes ». Là encore le terme est tout à fait déplacé. Slama (Le Figaro du 2 juin ) qui ne sait toujours pas faire dans la nuance voit dans cette affaire rien moins que « l’ébranlement de l’universalisme républicain » et conclut : « L’annulation prononcée à Lille ne sépare pas seulement un couple ; elle affecte l’alliance entre la République et la France cet amour taciturne et toujours menacé ». Dounia Bouzar (Libération du 3 juin) nous explique qu’il s’agit d’un jugement discriminatoire parce qu’on n’a jamais vu ce type de décision dans le cadre d’un mariage entre chrétiens mais ne prend pourtant pas la peine de vérifier qu’aucun couple chrétien ait jamais fait une demande similaire, ce qui serait pourtant une condition minimum avant de pouvoir parler de discriminations.

Que faut-il penser de tout ça ?

On savait depuis longtemps que la France n’était pas une terre très libérale, que les libéraux français ne sont en général que des libéro-traîtres (ndlr : des conservateurs déguisés en libéraux), mais on aurait quand même pu espérer qu’une ou deux personnalités publiques prennent position pour expliquer que chacun peut avoir ses préférences sans que cela fasse trembler les fondements de notre société.

Dans son dernier communiqué, Rachida Dati explique : « L’annulation d’un mariage par le tribunal de grande instance de Lille a provoqué un vif débat de société. Cette affaire privée dépasse la relation entre deux personnes et concerne l’ensemble des citoyens de notre pays, et notamment les femmes »,

C’est justement dans cette phrase que se cache le nœud de l’affaire. Cette décision ne concerne en rien l’ensemble de la société. Parmi l’ensemble des citoyens, certains attachent de la valeur à la notion de virginité avant mariage et d’autres n’y accordent aucune importance. Le fait que certains y attachent de l’importance ne remet en rien en cause la possibilité pour les autres de ne pas y attacher de l’importance. Cela ne remet pas non plus en cause les "fondements de notre société" comme aiment à dire certains.

Or, à l’exception notable de JP Rosencvzeig [1] personne ne semble s’offusquer que la société se permette ainsi de s’immiscer dans la vie de ce couple et de venir dire à leur place ce que doivent être leurs préférences.

On voit bien que ce qui choque dans l’affaire, ce n’est pas tant le jugement en tant que tel que le fait que certaines personnes accordent de l’importance à la notion de virginité. Au nom de l’universalisme républicain, de la laïcité ou d’on ne sait quelle autre concept, on voudrait pouvoir s’immiscer dans la vie des gens, on voudrait que tous aient les mêmes préférences que nous. Mais très franchement, on ne voit pas au noms de quels principes, la majorité se permet ainsi de vouloir imposer ses préférences à la minorité. Voilà en tout cas une vision bien peu libérale de la société. L’universalisme républicain, revendiqué par nos Slama nationaux, c’est avant tout la dictature de la majorité.


 
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Notes

[1] « Personnellement je suis choqué que la société à travers le ministère de la justice puisse obtenir une décision qui change le cours de la vie privée de ces gens qui ne veulent pas être mariée. »

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